Le 17 aoĂ»t, Ă Lilongwe, au Malawi, une douche froide sâest abattue sur la dĂ©lĂ©gation congolaise. Avec le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi Ă sa tĂȘte, celle-ci espĂ©rait lâĂ©lection de son candidat, lâĂ©conomiste Faustin Luanga, au poste de secrĂ©taire exĂ©cutif de la SADC, la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de lâAfrique australe. Mais câest son rival, le botswanais Elias Mpedi Magosi, qui a Ă©tĂ© choisi. Alors, quâest-ce qui nâa pas marchĂ© ?
Nous sommes le vendredi 27 aoĂ»t et vous Ă©coutez le 28e numĂ©ro de « Po na GEC », la capsule audio du Groupe dâĂ©tudes sur le Congo de lâUniversitĂ© de New-York, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu, et cette semaine nous nous intĂ©ressons au dernier revers enregistrĂ© par la diplomatie congolaise.
Car lâĂ©chec de Lilongwe nâest pas le premier depuis lâarrivĂ©e au pouvoir de FĂ©lix Tshisekedi. Il y a eu le ratĂ© des discussions entre lâEgypte et de lâEthiopie hĂ©bergĂ©es Ă Kinshasa, en avril, dans le cadre de la prĂ©sidence de lâUnion africaine. Et plus rĂ©cemment, en juin, celui de la candidature de la RDC au Conseil de sĂ©curitĂ© de lâONU.
Pour la SADC, la campagne congolaise a sans doute commencĂ© trop tard. Elle nâa vĂ©ritablement Ă©tĂ© lancĂ©e quâen juillet, alors que ce type de poste se nĂ©gocie souvent des mois, voire des annĂ©es Ă lâavance. Elle a, en plus, Ă©tĂ© perturbĂ©e par lâaccession dâIsraĂ«l au statut de membre observateur de lâUnion africaine, dont ma collĂšgue, Ange Makadi Ngoy, a parlĂ© dans un prĂ©cĂ©dent Ă©pisode de Po na GEC. LâAfrique du Sud, trĂšs engagĂ©e pour la cause palestinienne, y Ă©tait opposĂ©e et lâa reprochĂ© Ă la RDC, qui prĂ©side lâUnion africaine.
Avec lâautre poids lourd de la SADC, lâAngola, les relations ne sont pas au beau fixe non plus. Le 16 aoĂ»t, un courrier du chef dâĂ©tat-major des FARDC, CĂ©lestin Mbala, rapportait la violation des eaux territoriales par la marine angolaise. Suite Ă cela, lâambassade dâAngola Ă Kinshasa sâest fendu dâun communiquĂ© indignĂ© sur ce quâelle qualifie de fausses informations. La volontĂ© du prĂ©sident Tshisekedi de rouvrir le dossier du diffĂ©rend pĂ©trolier a sans doute jouĂ© dans cette dĂ©gradation.
Cela amĂšne Ă se poser cette question : la RDC a-t-elle bien mesurĂ© les susceptibilitĂ©s de lâAfrique australe ?
Ces pays, encore dirigĂ©s pour la plupart par des mouvements de libĂ©ration, sont notamment trĂšs soucieux dâĂ©viter toute ingĂ©rence dans leur zone. Cette prĂ©occupation Ă©tait visible, rĂ©cemment, sur le dossier du Mozambique, autre pays dâAfrique australe. Sa rĂ©gion du Cabo Delgado est touchĂ©e par une insurrection islamiste. Or le premier pays Ă y envoyer des troupes nâa pas Ă©tĂ© un pays de la SADC, mais un pays dâAfrique de lâEst, le Rwanda, en juillet. Kigali lâa fait Ă la demande du gouvernement mozambicain, mais sans consulter lâorganisme rĂ©gional. Cela a fortement dĂ©plu aux capitales dâAfrique australe.
Or, la RDC de FĂ©lix Tshisekedi sâest beaucoup rapprochĂ©e de ses voisins de lâEst : elle sâest portĂ©e candidate au statut de membre de la CommunautĂ© dâAfrique de lâEst. Elle a signĂ© des accords de construction dâinfrastructure avec lâOuganda ou encore dâexploitation miniĂšre avec le Rwanda â deux pays contre lesquels lâAngola sâĂ©tait battu pendant la deuxiĂšme guerre du Congo.
Enfin, sous la prĂ©sidence de Tshisekedi, la SADC a perdu le monopole quâelle exerçait sur la brigade dâintervention de la Monusco â celle qui avait aidĂ© Kinshasa Ă vaincre les rebelles du M23 en 2013. De nouveaux soldats sont en effet arrivĂ©s ces derniĂšres semaines pour participer Ă cette brigade en provenance du Kenya, qui nâest pas membre de la SADC.
Pour autant, la dĂ©lĂ©gation de RDC nâest pas rentrĂ©e bredouille de Lilongwe. Kinshasa a obtenu dâorganiser le prochain sommet de la SADC, en aoĂ»t 2022, et occupera sa prĂ©sidence tournante jusquâen aoĂ»t 2023. Autre succĂšs Ă signaler : le Congo devrait Ă©galement prĂ©sider la CommunautĂ© Ă©conomique des Ătats de lâAfrique centrale, Ă partir de novembre 2022. Il faut enfin rappeler que sous lâĂšre Tshisekedi, la diplomatie congolaise a rĂ©ussi Ă rĂ©tablir ses programmes avec le Fonds monĂ©taire international, qui avaient Ă©tĂ© interrompus en 2012.
Cela montre que la diplomatie congolaise peut aussi remporter des victoires. Peut-ĂȘtre doit-elle simplement adopter une stratĂ©gie plus ciblĂ©e, se fixer des objectifs Ă sa portĂ©e et donner plus de cohĂ©rence Ă ses relations extĂ©rieures pour les atteindre.
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