Le panel des facilitateurs de l’Union africaine a entamé, le lundi 5 octobre, une tournée par Goma puis l’a poursuivi à Kigali et enfin à Kinshasa. Elle intervient dans un contexte paradoxal. Alors que les efforts diplomatiques se multiplient pour obtenir une désescalade entre les acteurs impliqués dans le conflit dont la RDC, le Rwanda et l’AFC/M23, les hostilités continuent sur les territoires de Lubero, Masisi, Kalehe, Rutshuru et sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu. Pourrait-elle amener les acteurs en conflit à la désescalade ?
Bonjour et bienvenue dans ce 40e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli qui décrypte chaque semaine l’actualité congolaise. Je suis Ildefonse Bwakyanakazi, chercheur à Ebuteli. Cette semaine, nous nous intéressons à la tournée du panel des facilitateurs de l’Union africaine et à ce qu’elle pourrait avoir sur la crise de l’est de la RDC.
Trois des cinq anciens chefs d’Etat composant ce panel, Uhuru Kenyatta, Sahle Work Zewde et Mokgweetsi Masisi, ont débuté leurs consultations dans la ville de Goma sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23. Au cours de cette première étape, cette délégation a rencontré les représentants de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+) ainsi que la coordination de la rébellion de l’AFC/M23. À la deuxième étape, les facilitateurs de l’UA ont rencontré le président Paul Kagame à Kigali, au Rwanda.
Lors de la réunion de haut niveau tenue à Gaborone au Botswana en juillet dernier, l’UA avait émis le vœu d’arrimer les initiatives africaines de médiation aux processus internationaux de Washington et de Doha. Ce dernier n’a toujours pas abouti à un accord final mais plutôt à la signature de deux de huit protocoles dont celui sur le cessez-le-feu. A défaut de pouvoir faciliter la mise en œuvre d’un accord final, cette tournée vise à restaurer la confiance entre les parties protagonistes en identifiant les obstacles à la mise en œuvre des engagements pris par les uns et les autres. Elle vise également à inciter au respect du cessez-le-feu et à consolider les mécanismes de vérification, tout en évitant que les hostilités sur le terrain ne fassent dérailler les négociations en cours. Les questions humanitaires et la protection de civils étaient également sur l’agenda des facilitateurs.
Par ailleurs, le facilitateur Uhuru Kenyatta envisagerait d'engager des consultations avec certains groupes armés actifs dans l’est de la RDC, vraisemblablement sans l’AFC/M23, puisque déjà au cœur de Doha. Cette démarche s’inscrirait dans la continuité du processus de Nairobi, qui avait également cherché à favoriser le dialogue entre le gouvernement congolais et les groupes armés. Toutefois, l’exclusion éventuelle du M23, le manque de clarté sur l’identité des participants, les modalités du dialogue et les engagements attendus soulèvent des interrogations quant à la portée de cette initiative. L’une des limites du processus de Nairobi résidait précisément dans la difficulté à articuler les différentes dynamiques armées et les enjeux régionaux. Dès lors, la capacité de cette nouvelle démarche à contribuer à une désescalade durable dépendra notamment de son inclusivité, de sa complémentarité avec Doha et de la mise en œuvre effective des engagements qui en découleront.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.