Le samedi 16 octobre, Ă lâissue dâune plĂ©niĂšre tendue, lâAssemblĂ©e nationale entĂ©rine le choix de 12 des 15 membres de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni). La balle est dĂ©sormais dans le camp du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Que fera FĂ©lix Tshisekedi ?
Bonjour,
Je mâappelle Fred Bauma, je suis directeur de recherche au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, un projet de recherche basĂ© Ă l'UniversitĂ© de New York. Dans ce 36e numĂ©ro de Po Na GEC, je rĂ©flĂ©chis aux diffĂ©rentes options que pourrait prendre Felix Tshisekedi et leurs consĂ©quences sur la suite du processus Ă©lectoral.
Revenons au contexte. Samedi dernier, lâAssemblĂ©e nationale a donc entĂ©rinĂ© la dĂ©signation de 12 des 15 membres de la Ceni. Trois des quatre places destinĂ©es Ă lâopposition restent Ă pourvoir. Selon la loi, la Ceni est composĂ©e de 15 membres dont six proviennent de la majoritĂ©, quatre de lâopposition et cinq de la sociĂ©tĂ© civile. Le bureau de la Ceni est quant Ă lui composĂ© de sept membres dont quatre de la majoritĂ©, deux de lâopposition et un de la sociĂ©tĂ© civile.
Aujourd'hui, la confirmation des 12 membres de la Ceni par l'AssemblĂ©e nationale est contestĂ©e par presque toutes les parties prenantes. Dâabord, les confessions religieuses. Elles nâont pas pu dĂ©signer consensuellement leurs dĂ©lĂ©guĂ©s en raison des dĂ©saccords sur le nom de Denis Kadima. Les Ă©glises catholique et protestante accusent ce dernier dâĂȘtre le candidat du prĂ©sident de la RĂ©publique. La controverse sâĂ©tend ensuite au sein de lâUnion sacrĂ©e de la nation oĂč les familles politiques de Moise Katumbi et Vital Kamerhe contestent le manque de consensus. Lâopposition, quant Ă elle, a carrĂ©ment refusĂ© de dĂ©signer ses dĂ©lĂ©guĂ©s, demandant aussi « un plus large consensus ».
Ce processus a un air de dĂ©jĂ -vu. En 2020, FĂ©lix Tshisekedi avait refusĂ© dâinvestir Ronsard Malonda Ă la tĂȘte de la Ceni dans des conditions similaires. Dans sa lettre adressĂ©e Ă Jeanine Mabunda, alors prĂ©sidente de l'AssemblĂ©e nationale, le chef de lâĂtat affirmait « quâen tout Ă©tat de cause, je constate que lâinformation selon laquelle Monsieur Malonda [...] a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© Ă lâissue dâun processus interne aux confessions religieuses est fortement contestĂ©e en fait comme en droit par certains membres de cette composante, Ă savoir lâĂglise catholique, lâĂglise du Christ au Congo et lâĂglise kimbanguiste ». Plus dâun an plus tard, lâhistoire se rĂ©pĂšte. Quelle attitude prendra le prĂ©sident Tshisekedi ?
M. Tshisekedi pourrait, comme pour Malonda, refuser de valider la dĂ©signation de la liste entĂ©rinĂ©e par lâAssemblĂ©e nationale. Câest en tout cas ce que lui recommandent les organisations laĂŻques de l'Ăglise catholique et protestante dans une dĂ©claration lue devant la presse ce mercredi 20 octobre. Câest aussi la suggestion de Ensemble pour le changement ainsi que dâautres partis de lâopposition. Si cette position pourrait apaiser plusieurs acteurs politiques et de la sociĂ©tĂ© civile, elle risque cependant de retarder le processus Ă©lectoral et de confirmer les craintes dâun glissement en 2023.
Le prĂ©sident pourrait aussi soutenir le forcing de lâAssemblĂ©e nationale et confirmer la dĂ©signation des membres de la Ceni. Dâailleurs, dans une interview accordĂ©e Ă la Voix de l'AmĂ©rique en septembre dernier, le prĂ©sident avait affirmĂ© « avoir donnĂ© des instructions claires » au prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale pour trancher en cas de dĂ©saccord persistant entre les confessions religieuses. Si la pression du temps est lâargument pour soutenir cette position, elle peut par contre conduire Ă des contestations et mĂȘme au dĂ©part de certains groupes de lâUnion sacrĂ©e comme le plateforme de Moise Katumbi. En outre, le bureau de la Ceni ainsi validĂ© pourrait souffrir dâun manque de confiance de la population et des principaux acteurs.
Enfin, le prĂ©sident pourrait prendre une dĂ©cision intermĂ©diaire. Il pourrait demander au SecrĂ©tariat exĂ©cutif national de la Ceni dâentamer certaines opĂ©rations de prĂ©paration des Ă©lections pendant que les politiques et la sociĂ©tĂ© civile cherchent un large consensus. Cela aura lâavantage de dissocier le processus Ă©lectoral des controverses politiques et dâĂ©chapper Ă une crise future due au glissement. Mais cette dĂ©cision demande un degrĂ© Ă©levĂ© de confiance entre les acteurs qui, pour lâinstant, est inexistant.
Peu importe la décision du président de la République, le processus électoral est lancé sur une fausse note.
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