La semaine passĂ©e, une sĂ©rie de signaux a donnĂ© lâimpression dâun basculement du secteur minier congolais vers lâaxe amĂ©ricain. Chemaf, Glencore, Ivanhoe, et mĂȘme la GĂ©camines, ont tous pris ou annoncĂ© des dĂ©cisions allant dans ce sens. Cela a suscitĂ© des lectures contrastĂ©es, certaines alarmistes, dâautres triomphalistes. Mais, au fond, quâest-ce que cela pourrait changer pour la RDC ?
Bonjour et bienvenue dans ce 6e Ă©pisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio dâEbuteli et du Groupe dâĂ©tude sur le Congo (GEC), qui analyse chaque semaine un sujet dâactualitĂ© congolaise. Je suis Jacques Mukena, chercheur principal au pilier gouvernance Ă lâInstitut Ebuteli.
Nous sommes le vendredi 13 février 2026.
Ces signaux soulĂšvent plusieurs questions. PremiĂšrement, pourquoi cette accĂ©lĂ©ration maintenant ? Si lâaccord de partenariat stratĂ©gique avec et les Ătats-Unis en est le point de dĂ©part, le facteur le plus dĂ©terminant se situe probablement du cĂŽtĂ© amĂ©ricain. Lâurgence, pour les Ătats-Unis, nâest pas seulement de sĂ©curiser lâaccĂšs Ă certains minerais, elle est aussi de rĂ©duire le monopole de la Chine sur les chaĂźnes de valeur des minerais critiques. Aux Ătats-Unis, le discours sur ces minerais ne se limite plus Ă la transition Ă©nergĂ©tique, il est dĂ©sormais fortement liĂ© aux enjeux de sĂ©curitĂ© nationale et de dĂ©fense.
DeuxiĂšme question, celle de la dĂ©pendance du cĂŽtĂ© congolais. Pour lâinstant, le risque nâest pas un remplacement dâune dĂ©pendance par une autre mais plutĂŽt superposition de dĂ©pendance si rien ne change dans la structure du secteur. Aujourdâhui, la dĂ©pendance vis-Ă -vis de la Chine est profonde. PĂ©kin est prĂ©sent sur une part importante des actifs miniers, pĂšse sur les volumes exportĂ©s, et domine surtout le raffinage et la transformation. Une grande partie du cobalt congolais est par exemple exportĂ©e sous forme semi-raffinĂ©e vers la Chine, oĂč elle est transformĂ©e en produits Ă plus forte valeur ajoutĂ©e, notamment les prĂ©curseurs pour batteries. La relation qui pourrait se construire avec les Ătats-Unis reste, elle, incertaine. Tout dĂ©pendra des choix du gouvernement congolais. Si le partenariat ne dĂ©bouche pas sur des investissements dans la transformation locale avant exportation, le pays risque de reproduire, avec un autre acteur, les mĂȘmes mĂ©canismes de vulnĂ©rabilitĂ©.
TroisiĂšme question, la souverainetĂ©. La RDC est-elle en train de brader ses minerais ? Cette question rĂ©currente dĂ©pend surtout de la maniĂšre dont ce partenariat sera mis en Ćuvre cĂŽtĂ© congolais, notamment de qui dĂ©cidera, comment, et pour quel but. Lâaccord signĂ© prĂ©voit un droit de premiĂšre offre au profit dâacteurs amĂ©ricains pour les projets inscrits dans une rĂ©serve stratĂ©gique dâactifs. ConcrĂštement, lorsquâun projet est proposĂ©, des entitĂ©s amĂ©ricaines disposent dâun dĂ©lai pour soumettre une proposition et, si elles le font, bĂ©nĂ©ficient ensuite dâune pĂ©riode de nĂ©gociation exclusive. En cas de non-intĂ©rĂȘt, lâopportunitĂ© pourrait ensuite ĂȘtre proposĂ©e Ă dâautres partenaires proches de Washington. Cela rĂ©duirait de facto la place dâacteurs extĂ©rieurs Ă ce cercle, notamment la Chine et, plus largement, des acteurs non alignĂ©s sur les Ătats-Unis.
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