← 🎙Po Na Biso
Goma : un massacre et des questions brûlantes artwork

Goma : un massacre et des questions brûlantes

🎙Po Na Biso
S3 E3504:39
Play episode

Show notes

Sur les vidĂ©os, des soldats de la garde rĂ©publicaine, surarmĂ©s, dĂ©placent plus d’une dizaine de corps ensanglantĂ©s de civils. Ce sont eux-mĂȘmes qui viennent de les tuer, avec leurs armes de guerre. Les scĂšnes qui se sont produites Ă  Goma, le mercredi 30 aoĂ»t, dĂ©passent l’entendement. Elles illustrent les profondes dĂ©faillances de l’armĂ©e congolaise, et de son leadership politique, qui devraient amener Ă  un sursaut. Bonjour et bienvenue dans le 35e Ă©pisode de la saison 3 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence Ă  l’Institut Ebuteli, et cette semaine, nous nous intĂ©ressons au massacre de civils par des membres de l’armĂ©e congolaise Ă  Goma. Au centre de cette tragĂ©die, il y a un mouvement politico-religieux prĂ©sent depuis quelques mois dans la capitale du Nord-Kivu, la Foi naturelle judaĂŻque et messianique vers les nations. Son message, teintĂ© de mysticisme, est ultra-nationaliste. Il appelle notamment au dĂ©part de la Monusco, ainsi qu’à celui de tous les Ă©trangers, y compris la Force rĂ©gionale de la CommunautĂ© d’Afrique de l’Est et des ONGs internationales. Cette secte avait dĂ©jĂ  organisĂ© des manifestations Ă  Goma, comme le 30 juin dernier. Des chĂšvres y avaient Ă©tĂ© sacrifiĂ©es. Certains de ses membres portaient des bĂątons et autres armes contondantes. NĂ©anmoins, aucun incident violent n’avait Ă©tĂ© rapportĂ©. Son leader, Ephraim Bisimwa, avait appelĂ© Ă  une nouvelle manifestation, le 30 aoĂ»t, visant notamment les emprises de la Monusco et qui avait Ă©tĂ© interdite par le maire de la ville. La veille du jour J, il avait rĂ©itĂ©rĂ© son appel au rassemblement. Le message Ă©tait Ă  nouveau Ă©trange. Il y Ă©voque le sacrifice de ses adeptes. Mais il ne contenait pas d’appel direct Ă  la violence. Pourtant, selon la chronologie que nous avons pu Ă©tablir, la tuerie de ses partisans a dĂ©butĂ© dĂšs 4 heures du matin environ, lorsque la garde rĂ©publicaine est intervenue Ă  la radio de la secte, pour procĂ©der Ă  des arrestations. DĂšs cet instant, la rĂ©pression paraĂźt disproportionnĂ©e : au moins six fidĂšles sont tuĂ©s. AprĂšs ce premier incident, un policier, qui ne participait apparemment pas Ă  l’opĂ©ration, est apprĂ©hendĂ© par des fidĂšles, qui le lynchent. L’essentiel du massacre a eu lieu plus tard, Ă  l’église de la secte, lorsque les soldats de la garde rĂ©publicaine ouvrent le feu sur les fidĂšles, incendient l’église, et dĂ©placent les corps des victimes dans ce qui ressemble Ă  une tentative de dissimuler leur forfait. Au total, 56 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et 75 blessĂ©es selon le bilan communiquĂ© par l’auditeur supĂ©rieur du Nord-Kivu le 5 septembre. Ce bilan diverge toutefois encore de celui du ministre de l’IntĂ©rieur, Peter Kazadi, qui a avancĂ© le nombre de 51 personnes tuĂ©es en confĂ©rence de presse le lendemain. C’est, quoi qu’il en soit, le massacre de civils le plus important perpĂ©trĂ© par les services de sĂ©curitĂ© dans l’Est de la RDC sous FĂ©lix Tshisekedi. Cette ampleur a pourtant tardĂ© Ă  ĂȘtre reconnue par les autoritĂ©s, ainsi que par la Monusco. Leurs communications ont dans un premier temps minimisĂ©, justifiĂ©, voir attribuĂ© la responsabilitĂ© du massacre Ă  la secte, ou Ă  sa supposĂ©e manipulation par le Rwanda. Pourtant, aucune arme de guerre n’a Ă©tĂ© retrouvĂ©e parmi les fidĂšles. Cela souligne que l’exĂ©cutif et la mission de l’ONU se sont laissĂ©s, Ă  minima, manipuler par les informations fournies par les FARDC. Il a fallu attendre que des vidĂ©os de l’incident soient diffusĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux, remettant radicalement en cause la crĂ©dibilitĂ© de cette version, pour que le prĂ©sident Tshisekedi dĂ©cide, Ă  partir du 1er septembre, de l’envoi d’une dĂ©lĂ©gation ministĂ©rielle Ă  Goma pour Ă©claircir l’affaire, et que des militaires soient jugĂ©s. Lire la suite sur www.congoresearchgroup.org

More from this show

More
  1. La tournĂ©e des facilitateurs de l’Union africaine peut-elle amener Ă  la dĂ©sescalade dans l’est de la RDC ?

    Le panel des facilitateurs de l’Union africaine a entamĂ©, le lundi 5 octobre, une tournĂ©e par Goma puis l’a poursuivi Ă  Kigali et enfin Ă  Kinshasa. Elle intervient dans un contexte


    S6 E4004:25
  2. Le recensement en RDC : les leçons d’hier pour les dĂ©cisions de demain

    Ce lundi 28 septembre, au centre culturel de Kinshasa, le coup d’envoi de la cartographie du deuxiĂšme Recensement gĂ©nĂ©ral de la population et de l’habitat (RGPH2), a Ă©tĂ© donnĂ©. Le


    S6 E3905:19
  3. Le projet de budget 2027 du gouvernement Suminwa : « Le peuple d’abord » va-t-il occuper une place de choix ?

    Le 15 septembre, la PremiĂšre ministre Judith Suminwa a dĂ©posĂ© le projet de budget 2027 Ă  l’AssemblĂ©e nationale, estimĂ© Ă  prĂšs de 25 milliards de dollars amĂ©ricains. La cheffe du go


    S6 E3803:55
  4. Manifestation de la C64 : la violence et la répression, position de force ou aveu de faiblesse ?

    Le 15 septembre, la manifestation Ă  l’appel de la Coalition 64 s’est une nouvelle fois terminĂ©e dans la violence. Les partisans de cette plateforme qui s’oppose au changement de la


    S6 E3703:59
  5. RDC : quels enjeux pour la session parlementaire de septembre 2026 ?

    Le 7 septembre, le dĂ©putĂ© Augustin Kabuya a demandĂ© au prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale d’amĂ©nager l’heure de la cĂ©rĂ©monie d’ouverture de la session parlementaire prĂ©vue le 15 se


    S6 E3604:41
  6. Convocation du dialogue national par le président Tshisekedi: la neutralité du processus sacrifiée ?

    Le 27 aoĂ»t, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a annoncĂ© le « dialogue national pour la paix, la cohĂ©sion et la refondation de l’État ». Celui-ci se tiendra sur le sol congolais pendant


    S6 E3506:20
Now Playing