Il y a une semaine, Jean-Marc Kabund a annoncé, sur Twitter, sa démission au poste de premier vice-président de l'Assemblée nationale. Une décision surprenante : Kabund est l'un des acteurs les plus puissants et les plus controversés de la scÚne politique congolaise ces derniÚres années. Qu'est-ce qui a conduit à cette annonce et quelles en seront les conséquences ?
Bonjour, je suis Jason Stearns, directeur du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche de l'Université de New York. Vous écoutez le 47e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui analyse les questions d'actualité en RDC. Nous sommes le vendredi 21 janvier 2022. Essayons de décortiquer l'affaire Kabund.
Tout a commencĂ© le mardi 11 janvier. Une vidĂ©o prise par le conducteur d'une voiture a circulĂ©. Elle montre comment des policiers du service de sĂ©curitĂ© de Kabund ont attaquĂ© un membre de la garde rĂ©publicaine, une unitĂ© de lâarmĂ©e affectĂ©e Ă la protection du prĂ©sident de la RĂ©publique, qui Ă©tait assis Ă cĂŽtĂ© du chauffeur, le soustrayant violemment de la voiture. Selon les tĂ©moins, le vĂ©hicule, qui appartiendrait Ă une proche du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, roulait du mauvais cĂŽtĂ© de la route, apparemment pour contourner un embouteillage. En reprĂ©sailles, un jour plus tard, un grand groupe de gardes rĂ©publicains a saccagĂ© la maison de Kabund. Des images sont apparues sur Twitter et Whatsapp montrant des canapĂ©s renversĂ©s, des livres et des documents Ă©parpillĂ©s.
Ce n'est pas la premiĂšre fois que Kabund est impliquĂ© dans une prise de bec avec un membre de la famille Tshisekedi. En septembre de l'annĂ©e derniĂšre, la mĂȘme garde de Kabund avait crevĂ© les pneus d'une voiture d'une autre membre influente de la famille prĂ©sidentielle.
Cette fois, Kabund semble ĂȘtre allĂ© trop loin. Deux jours plus tard, Kabund a annoncĂ© sa dĂ©mission Ă son poste de premier vice-prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale, toujours sur Twitter. Un poste quâil occupait Ă nouveau depuis environ un an, aprĂšs sa destitution. Jusquâ Ă prĂ©sent, la lettre de cette dĂ©mission annoncĂ©e nâest toujours pas dĂ©posĂ©e au bureau de lâAssemblĂ©e nationale. Un groupe de parlementaires UDPS pousse cependant Kabund Ă quitter Ă©galement son poste de prĂ©sident ad interim du parti.
Kabund avait Ă©tĂ© un architecte clĂ© de la rupture avec le FCC de Kabila et de la crĂ©ation d'une nouvelle majoritĂ© Ă l'AssemblĂ©e nationale. Ses tactiques musclĂ©es ont fait polĂ©mique, mais son dĂ©part, s'il est dĂ©finitif, laissera une fois de plus le parti prĂ©sidentiel dans la tourmente. Depuis des annĂ©es, le parti souffre des dĂ©fections de personnalitĂ©s de premier plan â Tshibala, Moleka, Badibanga, Kapika, Mavungu pour ne nâen mentionner que quelques-uns. Si Kabund reste prĂ©sident de l'UDPS, cette querelle trĂšs publique ne contribuera pas Ă forger l'unitĂ© dont il a besoin pour diriger le pays.
Ces Ă©vĂ©nements devraient susciter enfin des questions sur le privilĂšge de l'Ă©lite. Pourquoi un membre de la famille de Tshisekedi roulait-il Ă contresens ? Pourquoi les policiers ont-ils utilisĂ© une telle force brutale ? Et, peut-ĂȘtre le plus important, pourquoi la Garde rĂ©publicaine s'est-elle engagĂ©e dans une vendetta contre Kabund au lieu de passer par les canaux institutionnels appropriĂ©s ?
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