← Afrique économie
Tunisie: le lourd coût économique des coupures d'électricité artwork

Tunisie: le lourd coût économique des coupures d'électricité

Afrique économie
02:30
Play episode

Show notes

Après plus de quinze jours de coupures d'électricité liées au délestage pendant la canicule, les pertes s'accumulent en Tunisie. Restaurants, usines et petits entrepreneurs font face à des dégâts matériels et à des arrêts de production, tandis que le coût économique reste encore difficile à chiffrer. Dans un café de Tunis, Nadia Sassi prend une pause après un rendez-vous à la banque. Cette apicultrice a vu son atelier partir en fumée après des coupures d'électricité à répétition. Elle a perdu l'ensemble de son matériel ainsi que ses stocks de cire d'abeille. « Vous avez l'atelier où je fais le miel et la partie où je fabrique des produits à base de cire, des bougies, etc. Tout est en bois. Avec les coupures qui interviennent 10 à 20 fois par jour, cela a créé une surchauffe sur le circuit électrique. Comme il faisait déjà très chaud, tout a pris feu dans la nuit. J'ai tout perdu », raconte-t-elle. Ancienne vitrine du programme public d'aide aux jeunes entrepreneuses Raidat, Nadia Sassi se retrouve désormais à négocier un report de ses échéances de crédit, faute de pouvoir relancer sa production. « J'ai sept familles qui travaillent avec moi. Je viens à Tunis pour connaître les procédures afin d'obtenir une indemnisation de la STEG, la Société tunisienne de l'électricité et du gaz. Mais l'assurance ne couvre pas tout et, de toute façon, cela va prendre beaucoup de temps. C'est pour cela que j'ai demandé un report du paiement de mon crédit », explique-t-elle. Des pertes dans l'agroalimentaire et l'industrie Nadia Sassi est loin d'être un cas isolé. Selon les organisations professionnelles, près de 13 % de la production nationale de volailles ont été perdus. Certaines boulangeries n'ont pas pu cuire leur pain pendant plusieurs jours. D'après l'UTICA, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, 70 % des restaurants ont été touchés et entre 400 et 500 tonnes de viande ont dû être détruites faute de respect de la chaîne du froid. Dans le textile, les usines ont enregistré jusqu'à 55 heures d'arrêt en une semaine, avec des dommages sur certains équipements. Les autorités n'ont pas encore publié d'estimation globale des pertes économiques. Pour l'expert en énergie Sami Ben Rejeb, les opérations de délestage auraient toutefois pu être mieux anticipées : « La population tunisienne n'est pas habituée à ce genre de coupures. C'est la première fois que cela arrive, donc même les mécanismes de réaction ne sont pas prêts. » En déficit énergétique, la Tunisie importe du gaz algérien pour alimenter une partie de ses centrales électriques. Elle dépend également des importations d'électricité en provenance de l'Algérie, qui couvrent environ 13 % de ses besoins. Une dépendance qui montre aujourd'hui ses limites, selon Sami Ben Rejeb : « S'il n'y avait pas eu cette canicule, nous aurions pu continuer à importer d'Algérie comme d'habitude ou augmenter un peu la production de nos centrales. Mais avec une baisse de 20 % de notre capacité de production, une demande en forte hausse et l'impossibilité d'importer davantage depuis l'Algérie, les coupures étaient inévitables. » L'Algérie a elle aussi été confrontée à une forte vague de chaleur et à un pic historique de consommation électrique. Une importante panne survenue le 12 juillet a affecté une partie de son réseau, également interconnecté avec celui de la Tunisie. À lire aussi«Je m’adapte vu que ça coupe toutes les deux heures»: en Tunisie, des délestages épuisants en pleine canicule

More from this show

More
  1. Au Nigeria, les chauffeurs sont toujours en colère un mois après le départ d'Uber

    À Lagos, commander une course sur les applications de transport à la demande est devenu un parcours du combattant. Depuis le départ d'Uber en septembre dernier, la demande a du mal…

    02:17
  2. Guinée: quelles alternatives au sachet d'eau bientôt interdit?

    En Guinée, l'interdiction des plastiques à usage unique, dont les sachets d'eau très bon marché, provoque une crise d'accès à l'eau potable. Un moratoire de six mois est accordé po…

    02:18
  3. Tunisie: quand l'intelligence artificielle s'impose dans les entretiens d'embauche

    En Tunisie, l'intelligence artificielle (IA) n’est pas forcément un frein au recrutement. Si certains postes sont supprimés ou modifiés par les usages de l'IA, les employeurs cherc…

    02:27
  4. Gabon: la montée de l'État français au capital de la multinationale Eramet vue depuis Libreville

    Le 12 octobre, le groupe français Eramet a confirmé l'augmentation de son capital d’ici la fin de l’année. L'État français pourrait injecter jusqu’à 330 millions d'euros, et devien…

    02:23
  5. En Afrique du Sud, les zones économiques spéciales cherchent encore leur modèle

    Elles sont plus de 230 sur le continent, dont 12 en Afrique du Sud : ce sont les zones économiques spéciales (ZES). Elles sont désormais un modèle bien implanté, censé attirer les…

    02:24
  6. Coton africain: la congestion record du port d’Abidjan menace toute la filière

    Une nouvelle campagne cotonnière commence en Afrique de l'Ouest. Malgré une commercialisation qui a mis du temps à démarrer, l'ancienne récolte a globalement pu être vendue, mais v…

    02:26
Now Playing