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Coton africain: la congestion record du port d’Abidjan menace toute la filière

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Une nouvelle campagne cotonnière commence en Afrique de l'Ouest. Malgré une commercialisation qui a mis du temps à démarrer, l'ancienne récolte a globalement pu être vendue, mais vendue ne veut pas dire expédiée ! Des tonnes de coton sont bloquées à Abidjan, un des gros points de sortie de la production ouest-africaine. En cause, une importante congestion portuaire. « Des navires restés en rade pendant trois semaines, des escales annulées, reportées, des conteneurs vides qui ne sont pas disponibles, des conteneurs pleins de partout, des fenêtres d'accostage très courtes, des camions qui n'arrivent pas à entrer dans le terminal », c'est la description faite par Johanna Adotevi, directrice commerciale d'Ivoire Coton et de Faso Coton, pour raconter le quotidien de ces derniers mois autour du port d'Abidjan. Ce « chaos » qui dure encore aujourd'hui, pour reprendre ses mots, a débuté à la fin du mois de mai « après la reprise des exportations consécutives à la vague de commande de coton du Bangladesh ». Quelle que soit la compagnie maritime, explique-t-elle, « le port d'Abidjan a connu une congestion inédite depuis 15 ans ». En conséquence, « des délais records, jusqu'à trois mois d'attente alors qu'il faut normalement trois semaines ». Pour Ivoire Coton, cette situation représente à peu près 30 milliards de francs CFA (environ 45,7 millions d'euros) pour 3 000 tonnes qui sont bloquées, en tenant compte des subventions impayées, « parce que tant qu'on n'embarque pas, on n'est pas payé et si on n'est pas payé, on ne peut pas encaisser », résume Johanna Adotevi. À lire aussiQuelles perspectives de marché pour le coton produit en Afrique ? Du producteur au négociant, personne n'est épargné Ce parcours du combattant a aussi un impact sur les producteurs, selon Kassoum Koné, directeur commercial de la compagnie ivoirienne de coton et président actuel de l'Association cotonnière africaine. « Quand il y a un goulot d'étranglement, toute la chaîne en amont est bloquée, souligne-t-il. Il y a un problème notamment pour les cotonculteurs qui attendent que les conteneurs soient exportés pour être payés, et qui ne comprennent pas ce qui se passe, mais qui ressentent le manque d'argent. » D'autres acteurs de la filière s'impatientent aussi, c'est le cas des négociants. Pour eux, chaque conteneur représente un risque financier. Un conteneur bloqué au port, c'est toujours un handicap, explique Thierry Devilder, président de la maison de négoce Devcot et président de l'Association française cotonnière : « Quand on a des cotons qui sont au port, on est pris en otage par les compagnies maritimes, on a des frais de stationnement de conteneurs à quai qui renchérissent le prix », déplore-t-il. Un coton livré en retard, c'est un client mécontent et le risque d'être soumis à d'éventuelles taxes, ajoute le négociant. La taxe redoutée aujourd'hui est celle de l'Inde, un grand acheteur de coton africain, qui avait levé il y a quelques mois ses droits de douane à l'importation de coton, mais les rétablira à compter du 1ᵉʳ novembre. À lire aussiLes acteurs de la filière coton oscillent entre euphorie et inquiétude Un retard qui déprécie l'origine africaine L'autre crainte, c'est que cette situation joue contre la réputation du coton africain. « Quand on est en compétition avec un coton brésilien qui est disponible tout de suite, dans le même marché, et que le nôtre met trois mois à arriver, on se tire une balle dans le pied », résume Johanna Adotevi. « Quand on viendra sur le marché, on va nous offrir moins, parce qu'on devient une origine à problèmes et parce qu'on n'arrive pas à livrer à temps », ajoute la directrice commerciale d'Ivoire Coton. Si les effets négatifs ne se font pas encore sentir, elle craint qu'ils se fassent sentir sur les prix l'année prochaine. À lire aussiAprès le Bangladesh, le coton africain regarde vers le marché indien

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